A Arras, Les Ateliers Vauban s’imposent comme un lieu vivant de création et de transmission des métiers d’art et particulièrement de la métallerie. A l’occasion des Journées Européennes des Métiers d’Art (JEMA) 2026 autour du thème Cœurs à l’ouvrage, le projet de fédérer les artisans d’art d’Arras, porté par l’entreprise, a été distingué « coup de cœur » de l’Institut pour les savoir-faire français (ISFF) – une reconnaissance nationale et la seul attribuée dans les Hauts-de-France cette année. Soutenue par les acteurs du territoire, cette démarche met en lumière l’importance de préserver et de faire vivre des savoir-faire d’exception. A l’occasion des JEMA 2026, Les Ateliers Vauban accueilleront le 10 avril des élèves de la Communauté Urbaine d’Arras puis les 11 et 12 avril, ouvriront au public aux côtés d’une douzaine d’artisans qui réaliseront des démonstrations de leur travail. Rencontre avec François Lemaire, le directeur des Ateliers Vauban et président des Ateliers d’Art d’Arras, un artisan passionné, à la croisée de la tradition et de la transmission.
-Quel est votre parcours ?
-François Lemaire : Avant de devenir artisan, j’ai évolué dans un tout autre univers (sourire). J’ai un parcours en ingénierie, après un BTS Moteurs à combustion interne, j’ai travaillé en bureaux d‘études, jusqu’à ce que je rencontre Thomas Formont en 2015 à son atelier de ferronnerie au pôle artisanal de la citadelle d’Arras (les Ecuries des Hautes Fontaines). Ça a été une révélation ! Je suis venu régulièrement à l’atelier et j’ai fini par lui demander de faire un apprentissage à ses côtés. Comme j’avais un profil technique solide, il accepté de m’embaucher pour que j’apprenne. De 2016 à 2020, j’ai travaillé avec Thomas puis, lorsqu’il a décidé de se consacrer à une activité artistique, j’ai repris l’entreprise. C’était en 2020, en plein confinement mais cela ne m’a pas pénalisé, c’était un bon moment pour effectuer cette belle transition. J’ai recruté car nous n’étions plus que trois et j’étais très attaché à conserver l’esprit collectif du lieu pour le faire perdurer.

-Que sont Les Ateliers Vauban ?
-FL : L’entreprise a été rebaptisée Les Ateliers Vauban en 2025 avec le souhait d’orienter l’activité vers des marchés à haute valeur ajoutée, la volonté de monter en gamme. Nous réalisons des travaux de ferronnerie, métallerie d’art, dinanderie (travail par martelage du métal), mais aussi de chaudronnerie.

-Quelle place occupe la transmission dans votre travail ?
-FL : La transmission est centrale. Il y a une volonté de transmettre des savoir-faire rares et anciens tout en réalisant des projets plus contemporains. Nous accueillons en permanence de nouveaux apprentis ou stagiaires. Nous travaillons sur un référentiel de formation interne qui s’appuie aussi sur les formations diplômantes telles que les CAP en y associant la pratique et les techniques. Par ailleurs, nous inscrivons systématiquement nos apprentis CAP serrurerie métallerie au concours du MAF. L’un de nos jeunes, Etienne Fromageond, un apprenti en CAP et BP métallerie a obtenu la médaille d’or nationale en 2023 au concours l’Un des Meilleurs Apprentis de France en réalisant un garde-corps en acier orné de pièces en laiton.
-Quel est le projet qui vous a valu le « coup de cœur » aux Journées Européennes des Métiers d’Art 2026 ?
-FL : Nous nous sommes rendu compte lors d’une rencontre entre artisans d’art d’Arras qu’on travaillait chacun de notre côté. C’était frustrant et pas très dynamique, du coup nous avons décidé de nous rassembler entre nous pour monter l’association des artisans d’art d’Arras avec la vocation de fédérer et d’animer la filière artisans d’art de la communauté urbaine d’Arras. L’idée est de créer des évènements avec plus d’interlocuteurs et les pouvoirs publics, afin de créer des ponts et des synergies -comme le Coron des Arts-, en exposant aux Ateliers Vauban.
Nous avons appris que l’Institut pour les savoir-faire français (ISFF) avait été séduit par cette initiative collective, la qualité des activités proposées, et l’attention portée au jeune public. Cette année, les Journées Européennes des Métiers d’Art *vont se dérouler chez nous, aux Ateliers Vauban, pôle central de l’évènement. Le 10 avril nous accueillerons des scolaires de la CUB d’Arras, le 11 et 12 avril, nous ouvrirons au public avec une douzaine d’artisans qui exposeront et feront des démonstrations.
-Au-delà de l’idée de se fédérer entre vous et d’animer la filière, quelle était votre ambition en lançant ce projet ?
-FL : Il y a bien entendu, au-delà de faire découvrir des métiers au public, le devoir de transmission, la valorisation de métiers rares.

-Est-ce une reconnaissance pour Les Ateliers Vauban ?
-FL : Oui bien sûr, c’est une mise en avant de notre travail aux Ateliers. C’était à l’origine un appel à projets, nous avons reçu un gros soutien logistique de la CU d’Arras et je tiens à les en remercier. La participation aux JEMA 2026 est un beau tremplin.
-Qu’est-ce qui vous anime au quotidien dans les métiers d’art ?
-FL : C’est la satisfaction de fabriquer des choses durables, de montrer le résultat, de voir se patiner des ouvrages séculaires…Travailler sur des chantiers de restauration c’est mettre sa passion au service du beau et perpétuer un savoir-faire, une esthétique…

-Pourquoi est-il essentiel aujourd’hui de préserver et transmettre ces savoir-faire ?
-FL : Parce que ce sont des métiers longs à apprendre mais rapides à perdre. Donc c’est dommage de ne pas les transmettre. Je regrette d’ailleurs que certains artisans conservent encore jalousement des savoir-faire, sans les partager parce qu’un jour c’est trop tard ! Il y a donc une urgence à transmettre, à perpétuer le geste.
-Comment voyez-vous évoluer les métiers d’art et notamment ceux qui sont défendus par les Atelier Vauban ?
-FL : Si on a la volonté de se battre pour les métiers d’art, on continuera à faire des choses vraies. Le particulier est rassuré parce que nous faisons des choses authentiques, il voit aussi la personne qui l’a fabriqué… Mon inquiétude en revanche va vers les baisses d’investissement dans la restauration du patrimoine.
-Quels défis à relever ?
-FL : Nous sommes fiers aujourd’hui d’avoir été sollicités pour réaliser des accessoires pour la nouvelle boutique Nespresso à New-York, des diffuseurs d’odeurs en laiton avec de petites pièces en verrerie (pour diffuser une empreinte olfactive) et nous avons aussi eu une commande du Musée des Arts Décoratifs à Paris pour fabriquer des banquettes en laiton patiné…C’est extrêmement gratifiant, cela signifie que notre travail est remarqué. Toutefois les Ateliers Vauban doivent parvenir à solidifier leur modèle économique et notre gros enjeu est de continuer à trouver des marchés ainsi que des budgets qui nous permettent d’aller encore plus loin. L’IA peut remplacer parfois, optimiser certainement mais la plasticité du cerveau est incontournable. Notre vraie valeur ajoutée c’est ce qui se passe dans le cerveau et la main de l’artisan, véritable passeur. Des gestes précis, maîtrisés grâce à la patience, la pratique… et une créativité unique.
Crédit photo DR Arnaud Chanteloup – yapaphoto
https://www.ateliersvauban.fr
*Le pôle artisanal des métiers d’art, animé par Les Ateliers Vauban – et un circuit territorial « Sur la route des savoir-faire », relient les ateliers ouverts dans les 46 communes de l’agglomération arrageoise. Pendant trois jours, les visiteurs pourront assister à des démonstrations de forge, vitrail, céramique, ébénisterie et taille de pierre, participer à des ateliers découverte, assister à des tables rondes sur la transmission et l’innovation, et rencontrer les apprentis du lycée Jacques Le Caron et des Compagnons du Devoir dans un espace dédié à la formation. L’événement associera artisans, institutions, établissements scolaires et acteurs du patrimoine dont la Commonwealth War Graves Commission, qui entretient les sites mémoriaux classés à l’UNESCO et perpétue des savoir-faire rares en ferronnerie, menuiserie et taille de pierre. Ensemble, ils participeront à une dynamique collective et patrimoniale portée par une identité visuelle commune et une communication partagée à l’échelle de l’agglomération. Du 10 au 12 avril 2026, les visiteurs pourront vivre une immersion au cœur des métiers d’art du bâtiment, à la croisée du patrimoine et de l’innovation. (Sources JEMA 2026)
https://www.journeesdesmetiersdart.fr/