Dans le cadre de la tournée célébrant le centenaire de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, le président de la CMA HDF, Laurent Rigaud, accompagné d’élus de la Chambre, a reçu cette semaine le président de CMA France, Joël Fourny. Ensemble, ils ont visité deux entreprises centenaires, la Fromagerie Romain Olivier et la Maison Méert, qui leur ont ouvert leurs portes pour mettre en lumière la vitalité et l’excellence des savoir-faire artisanaux des Hauts-de-France.
Dans ces ateliers où chaque geste perpétue une histoire, les deux présidents ont échangé avec les artisans, saluant leurs défis, leur investissement et leur passion. A l’issue d’une visite de CMA Formation & Entreprises Lille, MM. Joël Fourny et Laurent Rigaud ont partagé leur vision commune de ces artisans qui façonnent durablement l’identité des territoires. Une certitude s’impose : derrière chaque entreprise centenaire, il y a des hommes et des femmes talentueux qui perpétuent la tradition tout en la réinventant.
– Monsieur le président (Joël Fourny), vous venez de visiter deux entreprises centenaires à Lille, la fromagerie Olivier et la pâtisserie Méert. Qu’est-ce que cela suscite chez vous ?
– Joël Fourny : Comme tous les déplacements que j’ai pu faire en France pour visiter les entreprises artisanales, je trouve extraordinaire de visiter des entreprises telles que celles qu’on a vues ce matin, des entités bien présentes sur le territoire avec des savoir-faire spécifiques. La Fromagerie Olivier et la Maison Méert sont des entreprises qui ont su développer, innover afin de perdurer dans le temps et de pouvoir succéder à des générations d’artisans. C’est aussi cela l’image de la filière artisanale, c’est la continuité avec une partie liée au travail, au savoir-faire mais aussi à la possibilité d’ajouter de l’innovation, de créer des possibilités d’extension.
On l’a vu au travers de Méert, cette entreprise qui a beaucoup d’ambitions et notamment des perspectives de développement au travers d’une unité complète qu’ils vont déplacer en termes de fabrication. C’est une entreprise de 150 personnes qui prouve que d’une petite structure on parvient à une PME, toujours artisanale et très attachée au savoir-faire et à la fabrication des produits. Ces visites du centenaire permettent aussi de découvrir les différentes activités artisanales. Oui, c’est extrêmement riche d’aller à la rencontre de ces entreprises, de ces artisans passionnés qui ont cette envie de faire perdurer tout cela. Et ça, c’est formidable !

-Monsieur le président (Laurent Rigaud), que traduisent dans le paysage artisanal des Hauts-de-France, des établissements centenaires tels que la fromagerie Olivier ou la maison Méert ?
-Laurent Rigaud : Quand on visite ces entreprises, on sent qu’il y a une âme et dans la période compliquée dans laquelle nous vivons, on se dit qu’elles ont réussi à traverser tant de difficultés ! D’une certaine manière cela nous rassure … Les deux entreprises que nous avons visitées sont des modèles. Ce sont des entreprises alimentaires toutes deux très différentes mais qui tiennent la route, qui ont des projets de développement. Méert fait un chiffre d’affaires incroyable, s’exporte… et la Fromagerie Olivier propose un produit bien spécifique, qui demande de grandes compétences en termes d’affinage. Nous avons rencontré deux personnes passionnées. Cela fait du bien de voir de telles entreprises qui traversent le temps, qui savent aussi se réinventer.

– Cela prouve aussi que la transmission est une valeur fondamentale ?
-LR : Fondamentale, oui, on le voit avec la fromagerie Romain Olivier, un savoir-faire qui se transmet de génération en génération, parfois en dehors de la famille mais il y a tout de même de la transmission. Nous devons beaucoup travailler là-dessus car ce n’est pas seulement une entreprise qu’on transmet, c’est la compétence, c’est le savoir-faire, ce sont les valeurs de l’artisanat. Quand on entend parler ces artisans de leur métier, ce sont ces valeurs dont Il s’agit.
-La formation, c’est ce qui conditionne l’avenir ?
-LR : Les uns et les autres nous ont bien parlé du besoin de formation et on sait bien que la première marche pour développer une entreprise et pour la transmettre, c’est la formation. C’est ceux qui seront dans l’entreprise demain. Tant qu’on a les compétences il faut transmettre et former. A la Chambre de Métiers, la formation est un pilier fort sur lequel on s’appuie.

– Monsieur le président (Joël Fourny), que peut-on apprendre des entreprises centenaires, en particulier dans les Hauts-de-France ?
– JF : Dans les Hauts-de-France et ici à Lille, notamment au travers de Méert et la fromagerie Olivier que j’ai visitées ce matin, mais aussi partout en France, on voit bien que le fait d’aller voir ces entreprises, leur travail, traduit une volonté de faire valoir des produits d’exception, de permettre à l’entreprise de se positionner sur le maintien d’un certain nombre de produits dans la durée et faire valoir leurs activités au travers d’une reconnaissance de ces produits. C’est aussi s’investir sur la formation initiale, former des jeunes, développer des possibilités d’intégration de ces jeunes au sein de l’entreprise. C’est montrer aussi qu’une entreprise artisanale n’est pas figée, notamment sur l’idée d’une petite structure qui ne se développe pas.

– Ces entreprises préparent elles l’avenir de l’artisanat ?
– JF : Oui, tout à fait. Elles préparent aussi, à la manière de transmettre leurs activités à d’autres générations. Et c’est aussi cela toute la continuité. Nous sommes très discrets finalement sur ce panel d’entreprises centenaires, présentes sur l’ensemble du territoire national et dont on ne parle quasiment jamais, alors que ce sont de véritables pépites.
-Monsieur le président (Laurent Rigaud), la visite du président Joel Fourny dans cette tournée du centenaire qu’il accomplit depuis plusieurs mois était importante pour les artisans des Hauts-de-France et la CMA HDF ?
-LR : Oui complètement même si Joël Fourny connaît parfaitement les filières de l’artisanat, il était important de montrer à ceux qui nous regardent, qui nous écoutent, que nous avons une tête de réseau. Un réseau régional, de territoires mais aussi national, une force de frappe des Chambres de Métiers et de l’Artisanat, au service de la population et de ceux qui veulent se former et entrer dans l’artisanat. C’est important que CMA France rappelle que nous ne sommes pas centenaires pour rien ! (Sourire)

–Quand on voit le grand débat (Viande et Farine) organisé la semaine passée, on vous sent inquiet toutefois par ce qui se passe … Voir ces entreprises centenaires vous donne une force supplémentaire dans ce combat que vous menez aux côtés des artisans ?
– LR : Vous savez la casquette de président de CMA et celle de chef d’entreprise peut être la même (sourire)… Ce n’est pas incompatible. Quand il y a des difficultés, nous sommes inquiets et l’instant d’après, nous sommes en mode projet, on a envie de développer des choses. Le président de la CMA ressent ce que ressentent les artisans. Nous essayons de trouver ensemble des solutions pour dépasser les problèmes. Nous pouvons être inquiets tout en restant combatifs et très optimistes !
– Monsieur le président (Joël Fourny), de l’émerveillement, de la satisfaction…, c’est ce que vous apporte votre tournée nationale du centenaire ?
– JF : Cette tournée nationale m’apporte beaucoup de choses, déjà en termes de relations humaines, au sein d’entreprises qui au travers de leurs expressions, montrent toutes leurs velléités à s’investir dans leur travail et à faire perdurer les savoir-faire.
C’est une volonté claire et précise malgré les incertitudes, les difficultés rencontrées. Cela prouve qu’il faut continuer à s’investir, dans l’intérêt général, pour faire en sorte que ces entreprises puissent durer encore très longtemps. J’apprécie aussi toute cette diversité des entreprises avec des particularités exceptionnelles. Nous sommes actuellement trop timides sur la manière de valoriser cette filière artisanale. J’étais la semaine dernière en Bourgogne pour visiter la tuilerie d’un artisan qui a repris la suite de son père et a devant lui un carnet de commandes qui s’étale sur plus d’une année. En dépit des difficultés (l’inflation, la crise de l’énergie, etc.), cela montre aussi toute la volonté des artisans de rebondir sans cesse malgré les différentes crises tout en faisant valoir leur savoir-faire. C’est une vraie richesse nationale et parler de cette filière artisanale, dans toute sa diversité, c’est exceptionnel.
Crédit photos CMA HDF