Installée à Roupy dans l’Aisne, Alicia Bataille a fait le choix audacieux de se reconvertir- après une carrière dans l’automobile-, en créant une conserverie artisanale dédiée aux tout-petits. La naissance de son deuxième enfant a agi comme un révélateur, renforçant son désir d’être plus en accord avec ses aspirations, notamment en termes d’alimentation infantile. L’objectif : proposer des petits pots à base de produits frais, locaux, en circuits courts, sans additifs ni conservateurs, afin de nourrir les bébés en toute confiance, en éveillant leur goût aux saveurs authentiques. La jeune artisane est revenue sur son parcours, ses motivations ainsi que les défis rencontrés lors de la création de Bébé Gourmet.
-Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?
-Alicia Bataille : Je m’appelle Alicia Bataille, j’ai 40 ans, j’ai travaillé 19 ans dans une concession automobile en tant que commerciale et puis il y a environ deux ans, j’ai eu envie de prendre un tournant et de faire autre chose, notamment de transmettre mes valeurs. L’arrivée de mon second fils a été également déterminante. Du coup, j’ai décidé de créer une conserverie artisanale pour fabriquer des petits pots pour les bébés. Je voulais proposer quelque chose de bon, de sain, de local (parce que c’est important) et sans ajouts superflus pour que les bébés connaissent le vrai goût des légumes et des fruits.
–On trouve peu de produits naturels sans additifs pour les tout-petits, c’était également la raison de votre projet, créer une conserverie de petits pots bio pour bébé ?
-AB : Oui, il y avait la difficulté à trouver sur le marché une offre qui correspondait à mes attentes et aussi l’organisation que cela représentait de fabriquer des petits pots moi-même. Du coup, j’ai creusé l’idée, qui s’est avérée beaucoup plus complexe que l’image que j’en avais (rire) !

– Être artisane dans l’agroalimentaire, est un défi particulier ?
– AB : Oui c’est compliqué, d’abord on change de vie et il y a tout l’aspect réglementaire qu’on n’imagine pas…Le niveau est très élevé car le public ciblé est le tout-petit donc c’est vraiment strict. Ce qui est normal, je l’avais envisagé mais pas à ce point (sourire).
-Que vous demande-t-on par exemple ?
– AB : Il y a une exigence dans le choix des produits, notamment en termes de résidus, par rapport aux pesticides. Il ne faut pas non plus d’additifs et le fait de stériliser une purée de carottes par exemple, demande une réglementation et des tests. Il y a des barèmes de stérilisation puisque chaque produit est différent. En fonction aussi du contenant, du contenu…Donc, pour cela, il faut passer par des organismes agréés tels que le Centre technique de conservation des produits agricoles (CTCPA) pour les obtenir. J’ai fait auprès de ce centre une formation spécialisée d’une semaine pour tenir une conserverie et bien maîtriser mon activité. L’établissement fait aussi le suivi de personnes qui veulent se lancer, comme moi et propose également son aide dans la recherche de barèmes, de tests de stabilité pour contrôler la conformité du produit.

-D’où est venu le nom Bébé Gourmet et l’élaboration de l’étiquette/logo ?
– AB : Ça s’est imposé tout seul, c’était simple et suffisamment parlant. Pour le logo, j’ai fait appel à une agence de Saint-Quentin (Art Concept) qui m’a fait trois propositions dont ce petit bébé aux cheveux roux, qui tient une carotte, avec du vert rappelant le côté nature. Il m’a beaucoup plu, d’autant que j’ai un petit garçon roux (sourire).
– Certaines marques de la grande distribution se tournent de plus en plus vers le bio… En quoi, vos petits pots se distinguent-ils de ceux-ci ?
– AB : C’est vrai qu’il y a depuis quelques années, de plus en plus de produits bio qui sont proposés dans l’univers de l’alimentation pour bébé dans la grande distribution mais ce qui me différencie c’est que je propose des produits locaux, uniquement en circuit court. Le fait que cela soit une production artisanale, des petites séries contrôlées, nous distingue aussi sur le marché. Par ailleurs, cela peut toucher des parents en recherche de proximité, de confiance aussi.
-Comment sélectionnez-vous vos ingrédients et vos producteurs ?
– AB : Nous travaillons avec 95% de producteurs locaux pour les fruits et légumes. J’utilise aussi beaucoup les légumineuses pour apporter des protéines sans passer par la viande. Mes producteurs sont à 10/20 km maximum. Certains produits sont bio mais je ne peux pas les trouver à proximité, comme l’huile d’olive par exemple (sourire).
Mais quand je peux éviter bien sûr, je préfère le local. Cela fait aussi partie de ma manière de consommer à titre personnel.

– Ces valeurs guident votre travail au quotidien ?
– AB : Oui, je l’évoquais au début, beaucoup d’entre elles m’ont guidées pour ce projet. L’aspect local était important, notamment parce que nous avons beaucoup de choses chez nous, dans les Hauts-de-France, dans l’Aisne. Je suis aussi attachée à des valeurs telles que le « bien manger », le « manger mieux », en tout cas plus sainement et donc j’ai le désir de l’inculquer aux enfants. J’ai envie que mes enfants connaissent assez tôt le vrai goût d’une carotte, d’un navet, la couleur des légumes, des fruits… Cela passe dès l’enfance et c’est aussi une question de santé. On sait que l’alimentation joue un rôle fondamental. Tous ces additifs sont nocifs pour notre santé et n’ont rien à faire dans un petit pot pour bébé.
– Vous êtes la seule dans les Hauts-de-France à avoir créé une conserverie artisanale pour bébé et il y en a encore très peu en France. Quel accueil avez-vous reçu de la part des familles et des acteurs du territoire ?
– AB : J’ai reçu un accueil très positif du territoire et j’ai rencontré beaucoup de personnes très emballées par mon projet. Les parents sont très contents, trouvent que cela facilite le quotidien et est aussi bon pour la santé. Je trouve aussi intéressant de découvrir ou redécouvrir des légumes un peu oubliés, comme le navet, la blette, auxquels on ne pense pas forcément à faire goûter à un bébé.
-Quelle est aujourd’hui votre gamme ?
-AB : Je propose des purées de légumes de carottes, des carottes mélangées à de la betterave rouge, du navet, de la blette, de la courgette et du potimarron. Il y aussi des spécialités de fruits qui tournent autour de la pomme et de la poire (ce sont les fruits locaux) et des versions agrémentées avec de la cannelle ou de la verveine pour apporter un goût différent. Par la suite, j’aimerais ajouter d’autres fruits, notamment des fruits rouges. Pour les plats préparés, c’est une nutritionniste diététicienne de la région, Madame Lorioux qui les élabore. Nous avons une recette de quinoa aux carottes, un parmentier de potimarron aux lentilles et bientôt un dalh de légumes du soleil et je travaille actuellement sur une recette de betterave avec des lentilles corail.

– Vous avez été accompagnée par des organismes dans l’élaboration de votre projet ?
-AB : Oui j’ai été accompagnée par CMA Entreprises Saint-Quentin et particulièrement par Madame Aurore Dumange qui dès le début m’a très bien accueillie et conseillée. Par ailleurs, Initiative Aisne m’a aidée en m’accordant un prêt d’honneur. J’ai reçu également une subvention de 3000 euros de la Communauté de Communes du Saint-Quentinois.
-Avez-vous des dépositaires qui commercialisent vos produits ?
– AB : Oui quelques-uns dans la région, des épiceries ou des commerces de proximité. J’ai aussi commencé à démarcher en région parisienne et j’ai quelques contacts assez prometteurs.
-Quels sont vos projets ou ambitions pour la suite ?
– AB : Le projet est de nous agrandir et aussi de toucher plus de consommateurs. Chaque recette engendre un coût important mais j’aimerais proposer encore plus de références sans jamais faire l’impasse sur la qualité. Je souhaiterais trouver d’autres marchés et travailler avec des crèches qui ont besoin d’une offre diversifiée. Le bouche à oreilles reste aussi une excellente publicité.
Photos DR CMA HDF/AB