Raphaël Perrier, ambassadeur de la coiffure française : la signature de l’excellence

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Si son visage est moins connu du grand public, son nom est une véritable référence dans l’univers de la coiffure. Héritier d’une lignée de coiffeurs, Raphaël Perrier a, très tôt, fait de sa passion une vocation, avant que son talent ne le propulse sur les plus grandes scènes internationales. Multi-titré, il signe les coiffures de célébrités telles que Natalie Portman ou encore Johnny Depp, accompagne les sportifs des Jeux olympiques de Paris 2024, les mannequins des défilés de haute couture, les artistes des comédies musicales, tout en faisant rayonner l’excellence de la coiffure française à travers le monde lors de shows spectaculaires, de Las Vegas à Pékin en passant par Paris. Créatif, exigeant et visionnaire, ce jeune quadragénaire au look de rock star a construit un parcours unique qui conjugue savoir-faire, innovation et transmission. Toujours désireux de partager son expérience avec les nouvelles générations, il a récemment fait étape à la CMA Hauts-de-France, à Lille, dans le cadre de son Hair Tour, pour animer deux masterclass d’exception destinées aux apprentis comme aux professionnels, en collaboration avec la CMA HDF et l’UNEC HDF. À cette occasion, Raphaël Perrier est revenu sur son parcours hors norme, son engagement en faveur de la formation et sa vision d’un métier en perpétuelle évolution. Une rencontre inspirante et … décoiffante avec un artisan passionné qui n’a jamais cessé de viser l’excellence.

-Vous êtes issu d’une famille d’artisans coiffeurs depuis trois générations. Que représente cet héritage pour vous aujourd’hui ?
-Raphael Perrier
 : Cela représente de la fierté, j’ai beaucoup de chance d’être issu d’une famille d’artisans, coiffeurs d’un côté, pâtissiers boulangers de l’autre (sourire). J’ai beaucoup hésité car j’adorais la pâtisserie. Ce sont mes grands-pères qui m’ont permis de me décider. J’aimais toutes les décorations en sucre et mon grand-père pâtissier m’a dit que ce n’était pas cela la pâtisserie en réalité, c’était juste ce que l’on voit dans les concours. Il m’a un peu découragé je l’avoue (rire) et puis je passais plus de temps du coup dans le salon de coiffure de mon père. J’avais 5 ans, j’adorais déjà ce contact qu’il avait avec les gens. Il les rendait beaux aussi. Le choix s’est fait comme ça. Je suis content de cet héritage familial.

-Vous intégrez l’équipe de France de coiffure à seulement 16 ans. Comment vit-on une telle expérience à cet âge ?
-RP :
Je n’ai pas mesuré tout cela. Je voulais tout de suite être champion du monde, je voulais être le meilleur.
Mais j’étais très jeune et il a fallu s’accrocher…J’ai monté les échelons les uns après les autres. Je garde toutefois un merveilleux souvenir de ce salon qu’avait créé mon grand-père dans un ancien garage, repris par mon père et dans lequel j’ai fait mon apprentissage. Je voulais le reprendre ce salon, c’était tout tracé, je n’avais pas encore les aspirations que j’ai eues par la suite. Je ramenais des titres, mon grand- père était super fier (sourire) et puis quand il a vu que je partais de plus en plus, il m’a incité à rester au Mans (où nous vivions), il faut dire que dans ma famille, on craignait l’inconnu (sourire). J’étais un peu partagé mais j’avais envie de gagner encore plus de médailles, j’étais jeune… Au début, ça comptait beaucoup et puis j’ai réalisé que ce n’était pas le plus important. C’est le discours que je tiens aujourd’hui aux jeunes, il ne faut pas être pressé de passer son CAP, son BP, deux ans de brevet, 1 an de BM, etc. Il faut prendre le temps d’apprendre son métier, de se perfectionner. En France, nous avons beaucoup de chance d’avoir ces formations si qualifiantes, il n’y a pas cela aux Etats-Unis, en Chine, etc.

-À 18 ans, vous devenez Meilleur Apprenti de France, à 19 ans, champion de France. Est-ce à ce moment-là que vous prenez conscience de votre potentiel ?
-RP :
Non, je ne me rendais pas compte. J’ai été champion presque tous les ans, de 16 à 27 ans… (rire). J’ai oublié tout le reste, j’aurais pu être avec mes copains, sortir, aller m’amuser mais c’était le choix de ma vie. J’étais déterminé. Il n’y avait que la réussite qui comptait. Et si aujourd’hui je devais tout refaire, je le referais exactement la même chose. Je n’ai absolument aucun regret. Mon obsession, c’était de gagner et de mettre à profit ce que j’avais appris. Pour cela, j’ai écrit cinq livres*où j’évoque cette méthode de travail pour que des jeunes apprennent à travailler autrement. Il y a quatorze ans, parmi d’autres qui m’ont fait confiance, il y eu notamment Laure Bazan (aujourd’hui présidente de l’UNEC). Je les ai convaincus de l’intérêt de ma méthode qui est aujourd’hui dispensée dans plus de 200 écoles en France, plus de 600 dans le monde, traduite dans 34 pays.

« Je pense que la coiffure est un vrai terrain d’expression artistique »

-Vous avez ensuite remporté de nombreux titres, jusqu’à devenir champion du monde en 2002. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce parcours exceptionnel ?
-RP :
Je ressens de la gratitude. En fait, je crois que même encore aujourd’hui je ne prends pas conscience de ce que j’ai accompli…Ma famille m’a aidé à tracer mon chemin et tous ceux que j’ai croisé sur ma route. J’ai eu de la chance, j’ai de vrais engagements avec les gens, dans mon travail.
 Et puis j’aime profondément ce que je fais, j’éprouve de la passion à accomplir tout cela, je m’entoure de bonnes personnes aussi. Ma vie personnelle et ma vie professionnelle sont très imbriquées en fait. Les rencontres comptent beaucoup, elles m’ont aussi permis de développer mon travail. C’est ainsi qu’il y a 15 ans j’ai découvert grâce à un ami aux Etats Unis, les QR Codes dans les livres de cuisine, je les ai reliés à mes livrets de formations au Mexique. Ça n’existait pas ailleurs, j’ai innové en proposant les premières vidéos DVD. J’ai créé un simulateur de coupe 3 D afin de comprendre par exemple la géométrie de coupe…Tout cela ne s’est pas fait tout seul, c’est la somme de rencontres qui l’a permis.

-Vous avez travaillé sur de grands défilés de haute couture, sur des spectacles emblématiques tels que Le Roi Soleil, Mozart, l’Opéra Rock et même des films tels que Jeanne du Barry de Maiwenn. Vous avez été aussi le coiffeur officiel des JO et JP 2024 … Qu’est-ce qui vous attire dans ces univers artistiques, sportifs … ?
-RP :
J’adore ça (rire) ! Je pense aussi que la formation et l’artistique se complètent parfaitement, cela s’équilibre parfaitement dans mes activités. Ce que j’aime c’est de pouvoir raconter une histoire et je pense que la coiffure est un véritable terrain d’expression artistique. J’ai adoré m’exprimer à travers la comédie musicale, en plus j’aime beaucoup l’Histoire, ça m’inspire énormément dans mon travail. Je fais beaucoup de recherches, dans les musées, dans les ouvrages historiques, afin de trouver des sources d’inspiration. Avec les réseaux, Internet et l’IA c’est très pratique aussi. J’aime beaucoup créer des personnages, comme celui de Nathalie Portman dans le film The Gallerist (Ndlr : dans les salles françaises courant 2026).

– Après avoir atteint le plus haut niveau, vous avez choisi de créer votre propre organisme de formation. Pourquoi la transmission est-elle devenue une priorité pour vous ?
-RP :
En fait ça l’a toujours été en fait, j’ai monté mon centre de formation à 25 ans. J’ai également rencontré des personnes qui m’ont appris à être pédagogue. A l’époque on demandait d’animer des séances via des entreprises comme L’Oréal, cela m’a beaucoup préparé à la prise de parole aussi pour délivrer le bon message. Donc la transmission est incontournable.

-Aujourd’hui, votre académie forme plus de 10 000 coiffeurs chaque année en France et plus de 30 000 dans le monde. Qu’est-ce qui fait, selon vous, la force de la « formation Raphaël Perrier » ?
-RP :
Je crois en fait que les chiffres ne m’importent pas vraiment… en fait moi ce que j’aime c’est apporter des idées innovantes. Nous sommes très présents dans les Chambres de Métiers et de l’Artisanat, les salons, pour les accompagner afin de développer le métier et notre richesse est là. Apporter des idées. L’autre force, c’est aussi de tenir compte du mélange culturel, des différences entre chaque pays : proposer par exemple de travailler sur les cheveux texturés (non lisses) ou à l’inverse très raides, etc. On s’adapte à tous les publics et j’ai la chance d’avoir des gens motivés et passionnés pour m’accompagner.

« Il faut garder l’envie et l’étincelle »

– Vous dites vouloir « faire rayonner le métier de coiffeur et donner aux artisans les clés pour se réinventer ». Comment accompagnez-vous les professionnels face aux évolutions du métier ?
-RP :
Avec ces méthodes mais aussi avec un club que nous avons créé, un véritable réseau au quotidien pour les professionnels dans la gestion et le développement des salons de coiffure.

-Aujourd’hui, vous participez à deux masterclass à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat des Hauts-de-France, ici à Lille, en partenariat avec l’UNEC. Qu’est-ce que cela représente pour vous de venir partager votre expérience avec les artisans, les professeurs, les apprentis ?
-RP :
J’adore ça ! Ce partage d’expériences me permet de revenir à la base du métier et quand je me déplace ce que j’aime aussi ce sont ces rencontres. J’aime entendre ce que les gens ont à dire, mais aussi donner (ou parfois même recevoir) des conseils.  C’est vraiment très intéressant d’avoir ce regard du « terrain ».

-Comment voyez-vous évoluer le métier de coiffeur dans les années à venir ?
-RP :
Je suis très optimiste. Tout le monde parle de l’IA, certes on peut l’associer à notre travail mais il y a aussi l’expérience client qui est fondamentale. Nous pouvons faire vivre des émotions à vos clients.  Je propose ainsi une expérience « mère fille » dans nos salons, elles passent trois heures à se faire « chouchouter » dans un lieu privatisé.
Ça l’IA ne peut pas le procurer. Donc le coiffeur a encore de belles années devant lui mais il va quand même falloir prendre le virage. Les produits ont beaucoup évolué, on n’est plus obligés de passer par de multiples étapes, il y a aussi les produits « végé », c’est un aspect éthique intéressant. Le « green » dans notre métier fait du bien !

-Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels les jeunes coiffeurs devront faire face ?
-RP :
Je pense qu’ils doivent rester passionnés. Beaucoup de gens ne vont plus vers les métiers de l’artisanat parce qu’ils pensent que c’est trop dur donc c’est à nous de leur montrer tout ce qu’il est possible de faire grâce à la formation. Avec la passion on peut tout faire, je veux aussi leur démontrer cela. Il faut garder l’envie et l’étincelle. Et rester fidèle à ce qu’on est. On doute toujours mais quand on reste fidèle à sa ligne de conduite, ça marche. Le travail et la passion sont les clés de la réussite.

Crédit photos CMA HDF & RP

*Nommé Meilleur Apprenti de France à 18 ans, Raphaël Perrier enchaîne les victoires avec les titres de champion de France, champion d’Europe et son premier sacre de champion du Monde en 2002. En 2010, il remporte deux nouveaux titres de Champion du Monde, en individuel et en équipe. Il prend la présidence de l’Équipe de France de coiffure en 2011, et entraîne aujourd’hui la nouvelle génération de compétiteurs. En 2012, il ouvre son premier salon de coiffure à Paris. S’ensuit l’ouverture de salons en province et à l’international, avec notamment 9 salons en Chine. En 2014, il crée un concept d’apprentissage inédit et interactif, PI BY RP, décliné en 5 manuels. En 2015,  il ouvre le premier atelier français A&R dédié à la création de chevelures pour le monde du spectacle.
En 2016, Raphaël Perrier lance son Club, avec pour ambition de fédérer des professionnels de la coiffure. Parallèlement à son développement en France et dans le monde entier, il a également créé en 2023 un nouveau concept Me&My Salon pour aider les entreprises à se moderniser et se renouveler. (Sources site officiel Raphaël Perrier)

*L’UNEC HDF : L’antenne Hauts de France de l’Union Nationale des Entreprises de Coiffure est présidée par Madame Laure Bazan.